Les temps forts de la viticulture et de l’agriculture dans le paysage
Des origines antiques à l’emprise médiévale
La présence de la vigne dans le Razès remonterait à l’époque gallo-romaine – comme en témoignent des vestiges d’amphores et d’outils retrouvés à proximité d’anciennes villas[Source : INAO, « Histoire du vignoble de Limoux et du Razès »]. Dès le Moyen Âge, les abbayes (notamment celle d’Alet, puis St-Hilaire) structurent le paysage rural. Elles organisent le morcellement des terres, la mise en place des premiers clos, et la sélection des sites favorables à la culture de la vigne.
Les villages circulaires du Razès, perchés sur des buttes défensives, témoignent de la nécessité de protéger les terres agricoles – à la fois des guerres et des pillages, mais aussi du climat, assez rude entre vent du nord et sécheresse estivale. Au XIIIe siècle, le coutumier de Limoux évoque déjà la production de vins pour la grande foire de la Saint-Paul.
Époque moderne : diversification et tissage des terroirs
Du XVIe au XVIIIe siècle, les paysages agricoles s’intensifient autour de la viticulture, mais aussi de la polyculture : céréales, oliviers, fruits à noyau. Les terrasses, toujours visibles à l’entrée des villages (Belvèze, Montréal, Lauraguel), tracent encore le souvenir des menées d’eau et de l’irrigation, capitales dans ce territoire au climat alterne entre sécheresse en été et pluies d’automne.
À cette époque, on distingue déjà les secteurs réputés du « Haut-Razès » (autour de St-Hilaire, avec ses calcaires propices au cépage mauzac) et le « Bas-Razès », plus ouvert à la céréaliculture et aux pâturages.
Le choc du XIXe siècle : phylloxéra, migration et recomposition
La crise du phylloxéra à la fin du XIXe siècle bouleverse l’ensemble du vignoble audois. Le Razès n’est pas épargné : des dizaines d’hectares sont arrachés puis replantés sur porte-greffes américains plus résistants. Cette mutation laisse des traces durables dans l’espace :
- Des anciennes parcelles délaissées retournent à la friche ou à la forêt.
- Les nouveaux cépages (notamment méridionaux, grenache et carignan) s’immiscent dans le paysage traditionnel du mauzac et du chenin.
- Les paysages se fragmentent entre grandes propriétés (ayant survécu à la crise) et une multitude de petits vignerons souvent obligés d’émigrer une partie de l’année pour survivre.
C’est à cette période que se fixent les limites du Razès viticole tel qu’on le connaît : ni domaine géant, ni archipel de micro-clauses, mais une trame faite de solidarité, d’entraide, de lutte contre l’exode rural (« Les Vignerons du Razès » : Bernard Cazaban, éd. 2016, Actes Sud).