Récits de vignerons : s’appuyer sur la contrainte pour faire éclore l’originalité
Nombreux sont les témoignages de vignerons du Razès qui soulignent combien ils doivent “faire avec la colline”. Maria et Patrick, du domaine des Trois Hameaux (situé près de Belvèze), racontent ainsi que “les 2 hectares en pente raide sont entièrement travaillés à la main, chaque rang compte, impossible de passer d’un tracteur à l’autre”. Leur cuvée cœur de gamme, un assemblage de carignan et de grenache élevé sur lies, est produite à seulement 1500 bouteilles, reflet d’une intervention minimale et besogneuse.
Sophie, elle, a rénové une minuscule cave sous voûte à Routier. « Il fallait tout refaire, mais jamais on n’a songé à enlever les vieilles piques et les mulets de vendange. » C’est sur cette singularité, sur les gestes répétés d’une génération à l’autre en dépit de la pente, qu’elle fait reposer l’identité de son vin.
Chacun, ici, s’accorde à dire que la contrainte n’est pas vécue comme un frein, mais comme l’origine d’un style, sinon d’une saveur. Les sols pauvres, les accès tortueux ou la météo imprévisible enseignent la patience et la créativité. Le vin du Razès, à force de ne pas pouvoir s’industrialiser, choisit de se raconter à hauteur de main, à hauteur de colline.